Saisissez votre recherche ci-dessus et appuyer sur la touche "Entrée" pour valider. Appuyer sur la touche "Echap" pour annuler.

Spiritueux : quand le marketing nous prend pour des billes

Haaaaa, quel plaisir de boire un bourbon artisanal produit dans une toute petite distillerie du Kentucky, de découvrir un gin basé sur une recette vieille de plusieurs siècles, ou encore de s’envoyer quelques shots d’une délicieuse tequila premium !
Du moins c’est ce que l’on pense : le marketing, si l’on en doutait encore, fait autant de ravages dans le domaine des spiritueux que dans le reste de l’industrie agroalimentaire et s’ingénie à nous emballer des produits médiocres dans de jolies histoires pleines de charmes et d’une authenticité factice.

Vous avez peut-être vu passer il y a quelques mois un certain nombre d’articles dans la presse web anglophone, spécialisée en spiritueux ou généraliste, qui jetaient un pavé dans le fût de bourbon en dévoilant que nombre de distillateurs se présentant comme artisanaux s’approvisionnent en fait auprès d’une usine géante située dans l’Indiana et appartenant à la société MGP (qui produit entre autre Bulleit Rye).
Hé ouais les amis : il y a de fortes chances pour que le petit bourbon ultra small-batch que vous aimez tant soit en fait un seul et même jus que vous retrouverez embouteillé sous des dizaines d’autres noms ; et sur chaque étiquette, bien évidemment, une histoire familiale originale et pleine d’attrait, inventée de toute pièce par le marketing pour vous refourguer ce produit standard fabriqué en quantités industrielles.
Il faut dire que nous autres, amateurs de bons spiritueux, raffolons de jolies histoires, de dates lointaines empreintes de magie et de nostalgie, et de recettes authentiques retrouvées dans un vieux grenier.

C’est sur cette vague que surfe le producteur texan Ké Spirits qui lance aux États-Unis Ké Gin, basé sur une recette secrète familiale vieille de 500 ans.
Un gin américian créé il y a cinq siècles : quelques années seulement après la découverte des Amériques par Christophe Colomb ? Et alors même que l’invention du gin par les Anglais ne remonte qu’au XVIIème siècle ?
Ma bonne dame, mais ce n’est tout bonnement pas possible !
Pour comprendre où veut en venir Joe Barry, le fondateur de Ké Spirits (une marque qui se dit « Légendaire depuis 1537 »), il faut pousser un peu plus loin les recherches : un moine catholique irlandais aurait inventé en 1498 (c’est précis !) le « Ké », un processus secret qui transformerait les whiskeys de mauvaise facture en nectars fabuleux. Barry serait le descendant de ce moine et aurait fondé en 2007 la distillerie qui donne son nom à ce nouveau gin.
C’est tiré par les cheveux. Je sais pas vous, mais moi j’ai envie d’y croire.
Non, je déconne.

Pour finir en beauté, parlons tequila. Cela fait des années qu’on nous répète à l’envi qu’en consommateurs éclairés, nous devons préférer les tequilas 100% agave aux « mixto » (produites partiellement avec de l’alcool de sucre) moins pures et pas du tout traditionnelles.
Mais ça ne fait pas vraiment plaisir à Jose Cuervo, marque leader incontestée du segment à travers le monde : leur tequila la plus vendue, Jose Cuervo Especial, est une « mixto ».
Pour défendre le produit dans un effort marketing à peine dissimulé, Don Luis Antonio Yerenes Ruvalcaba, Maestro Tequilero de Jose Cuervo aujourd’hui à la retraite, déclare que la tequila n’a pas besoin d’être 100% agave, et que la sienne est la meilleure au monde, notamment parce que la marque a la maîtrise totale de son approvisionnement en agaves à l’inverse des autres distilleries qui achètent leur matière première à différents producteurs.
Ce qui est vrai : techniquement et légalement, une tequila peut être composée à 40% d’alcools de sucre. Ce qui ne l’est pas, c’est de déclarer qu’aucune autre marque de tequila ne maîtrise la culture de ses agaves, ou que Jose Cuervo est la meilleure tequila au monde. Pour vous en convaincre, ne faites pas confiance au marketing, mais à vos papilles. Peut-être même, faites confiance à la marque Jose Cuervo elle-même qui a lancé une gamme « Tradicional » composée à 100% d’agave, aveu dissimulé que la différence avec les « mixtos » vaut la peine d’être goûtée.

Voici les publications qui m’ont inspiré cette chronique :
http://www.thedailybeast.com/articles/2014/07/28/your-craft-whiskey-is-probably-from-a-factory-distillery-in-indiana.html
http://www.thespiritsbusiness.com/2015/05/ke-spirits-launches-500-year-old-recipe-gin/
http://www.thespiritsbusiness.com/2015/05/cuervo-don-tequila-doesnt-have-to-be-100-agave/2/

Photo par Christian Schnettelker sous licence Creative Commons (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/legalcode)

Commenter

Veuillez rester poli et respectueux des autres. Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

En utilisant ce site, vous acceptez de recevoir les cookies auxquels il recourt pour vous permettre de bénéficier de ses nombreuses fonctionnalités.
J'ai compris
x